Elle découpe, c'est son adn


ll y a des artisanats, des métiers d’art que l’on pensait en voie de disparition. Pour le papier découpé, ce n’est pas le cas, ces dernières années, cet art ancestral a vu une belle recrudescence d’artistes. Importé d’Orient, le découpage sur papier a trouvé son berceau suisse au Pays-d’Enhaut, dans les Alpes vaudoises, patrie des pères de cet art : Johann Jakob Hauswirth (1809-1871) et Louis Saugy (1871-1953). Si les découpages de l’époque racontaient la vie des hameaux de montagnes et la vie paysanne, l’art du papier découpé s’est modernisé et les œuvres actuelles prennent des formes diverses. Les artistes qui perpétuent cette technique ouvrent régulièrement leurs ateliers pour vous permettre de voyager dans cet univers.


 


C’est le cas de la valaisanne Muriel Jeanmonod. Pour elle, l’aventure a débuté en hiver 2017, à la suite d’une chute à ski, elle se retrouve éloignée des pistes. En quête d’une activité pour occuper sa convalescence, elle redécouvre, en se baladant sur la toile, les découpages du Pays d’Enhaut. La technique lui plait et le hasard de sa boite à malice de bricoleuse fait qu’elle a sous la main le matériel nécessaire pour tenter de premiers essais. Depuis ce jour, la passion du découpage ne l’a plus lâchée.


 


« J’ai toujours aimé travailler avec mes mains, c’est essentiel pour moi. Avec le papier découpé, j’ai exactement trouvé ce que je cherchais, c’est devenu pour moi un élément vital à mon équilibre, une façon de raconter le monde, de me raconter.»


 


Maintenir un savoir-faire implique de le pratiquer, et l’art du papier découpé n’y échappe pas. Autodidacte, la jeune femme n’a jamais pris de cours. A force de persévérance, son style s’est affirmé. Tout l’art du papier découpé actuel est d’y mettre une touche de soi-même, son âme, sa vision du monde.


 


« Au départ, on pense qu’on y arrivera jamais quand on regarde la finesse des œuvres des découpeurs. Mais il faut couper, couper et encore couper pour avoir un geste sûr mais surtout, trouver son style! Il m’a fallu presque 2 ans pour trouver le mien, à raison de 2h à 4h par jour de découpage. Et c’est la magie de cet art, chaque artiste est reconnaissable même si il évolue techniquement et artistiquement. »


 


Avec un style éloigné des traditionnelles poyas, Muriel Jeanmonod travaille de manière «photographique »  jouant avec sa lame et créant de véritables dentelles de papier. Comme beaucoup de découpeurs, elle a laissé les ciseaux pour travailler au scalpel. Il lui permet de traduire avec précision et finesse ses envies de paysages, ses portraits ou encore tout un bestiaire sympathique. Un regard noir et blanc, un jeu de plein et de vide, de sombre et de lumière. Le rapport presque charnel et la délicatesse du papier entraîne l’artiste dans une aventure extraordinaire, un défi technique à part entière et une sorte bulle créative.


 


D'une manière générale, le public ne peut qu'admirer la patience des découpeurs. La discipline est à la fois artistique, mentale et physique. Elle est faite de calme, d'obstination et de lutte contre une matière fragile et en même temps manipulable à l’infini.


 


« Quand je découpe, je suis dans mon petit univers, c’est un mélange de concentration, d’introspection mais aussi de grande ouverture d’esprit, c’est mon moment de détente, quelques heures pour moi. Avec le temps, on arrive à se libérer de la technique, pour ne plus penser qu’au dessin, aux effets que nous avons envie de donner à notre tableau et c’est magique. C’est ma façon de déconnecter et de me reposer. Certains font du yoga, moi du découpage»


 


Un beau découpage est celui qui raconte, celui qui est fait avec finesse, organisation mais aussi instinct. Il faut avoir une mémoire photographique, de la patience. Pour le reste c’est une façon de prendre la vie du bon côté, simplement, calmement. Le but de cet art est de rendre la force d’un paysage ou d’un visage à travers le noir et blanc. Il doit transcrire l’atmosphère d’un instant avec caractère. Comme un pont à travers le temps qui ne compte plus; une façon de parler, de s’exprimer et les mains de Muriel Jeanmonod sont bavardes.


 


« J’avoue qu’il y a 3 ans quand je me suis lancée, j’ai été un peu… désinvolte. Ce n’est pas un artisanat facile. Le prendre pour un hobby que l’on pratique de temps à autre, quelle erreur! Cet art, car c’est un vrai art, me il me l’a vite rappelé. Découper demande de l’humilité, du temps, de la persévérance. Au final, ce n’est pas moi qui ai choisi le découpage. C’était au fond de moi. Il a fallu trouver comment faire sortir ces émotions. Il a fallu le temps au scalpel de prendre possession de mes gestes, il a fallu du temps pour que mon cerveau arrive à jongler avec les espaces. J’ai mis du temps à montrer mes découpages. Pour moi, ce n’était pas abouti. Aujourd’hui, le papier m’apprend encore à le dompter, mais nous nous sommes un peu apprivoisés. »


 


Muriel aime le bruit du scalpel, découpant le papier, ce petit bruit lorsque la lame glisse dans les fibres de son canevas. Ce qui fera la différence, c’est la richesse des détails, plus qu’une silhouette, c’est un jeu d’équilibre entre le noir et le blanc. Un jeu d’équilibre que l’artiste souhaite aussi pour son art. Elle espère que le découpage papier continue son entrée dans la modernité et que les artistes repoussent encore les limites du genre pour que cet art ne meure pas, mais aussi pour ne pas oublier son origine.


 


« J’admire le travail des découpeurs traditionnels, leur envie irrésistible de faire vivre tout un folklore, une tradition. Mais je suis également une grande fan des artistes contemporains. Je vais découper encore et toujours. Par passion, envie et besoin. Parce que c’est devenu une partie de moi. J’espère que les gens qui regardent l’un de mes découpages puissent y voir cette passion mais aussi apprécier l’instant figé dans le papier, créant en eux une émotion. A ce moment-là, je me dirais que mon tableau est réussi. Il ne m’en faut pas plus… »


Découvrez les créations de Muriel Jeanmonod

Au Mood store de Orbe - ZI les Ducats 40b

Ou au Mood store de Martigny - Rue des Cèdres 9 et cela jusqu'au 5 décembre


Internet: www.petitcoupdescalpel.com

Instagram: le_petit_coup_de_scalpel