Article journal Regards



Les découpages papier au scalpel de Muriel Jeanmonod Salamin auraient dû s'exposer à Chippis à l'espace Job Transit jusqu'à la fin février. Mais restrictions sanitaires obligent, je vous invite à aller à la rencontre de la petite fille de Pipette de St-Luc.
Découper est pour Muriel Jeanmonod Salamin une façon de voir le monde; ni noir, ni blanc, tout est question d'équilibre. Elle effectue un véritable travail d'orfèvre. Ses découpes sont une école de minutie et une patience. Chaque sujet nous plonge dans une expérience fascinante entre le vide et le plein pour une finalité dont les lignes nous livrent l'essentiel.
Le papier de découpage (jianzhi) est pratiqué en Chine depuis plus de 2000 ans. En Suisse, il fait son apparition au VIe siècle. Inscrit en 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, c'est un art qui s'étend bien au-delà du pliage et dont la diversité de création est immense. Par le coup de scalpel, l'art du découpage, s'il est ancien, est bien vivant. Muriel Jeanmonod Salamin explore cette pratique avec une grande maîtrise technique et nous offre à voir des oeuvres aussi variées qu'originales.
Happée par cet art un peu par hasard il y a quelques années, Muriel Jeanmonod Salamin est alors clouée au chalet suite à un accident de ski, la magie du découpage deviendra très vite une passion qui ne la quittera plus. De l'image traditionnelle à sa griffe personnelle, il y a quelques années de pratique et de nombreux coups de scalpel. Aujourd'hui elle saute à pieds joints entre modernité et tradition à l'image de sa vallée, le val d'Anniviers.
dUne feuille, un scalpel, une image dans la tête de l'artiste et le papier prend la forme d'un village, d'un paysage, d'un personnage, d'un animal. Commence alors la danse entre l'ombre et la lumière. Un travail de justice qui demande de se laisser emporter, d'oublier le temps. Quand Muriel touche une simple feuille de papier elle la transcende en une histoire, chaque coup de scalpel est une émotion. Pour chaque création, ce sont des dizaines d'heures de découpage, les yeux fixés sur la loupe Muriel découpe au fil des jours comme les anciens de la vallée égrènent leur chapelet, car cet art demande de l'entraînement et une pratique assidue et régulière. Il faut couper, découper et encore couper pour acquérir le geste sûr.

En Chine, le papier découpé est un art décoratif vivant, intégré dans la vie de tous les jours. Les Chinois décorent leur maison avec des papiers découpés, Ils les placent sur les fenêtres, les lampes, les portes. Au Nouvel An chinois, ils enlevent les vieilles découpures et les remplacent par de nouvelles pour chasser l'année écoulée. Dans le canton de Fribourg, les tableaux représentant la poya (transhumance) étaient à l'origine disposés sur les frontons ou au dessus des fenêtres en signe de prospérité.
Vision 2020/2021 de l'autre côté de scalpel par Muriel
«Source drôle d'année que 2020. On a tout et rien dit sur elle et le covid. Mais elle m'a fait penser à un découpage. Côté verso. Un dessin un peu brouillon, des espaces indéfinis, interrogations, boulettes, ratés, rendez-vous manqués. Et puis ... On y met ... du travail, de la patience, de la pugnacité ... Et au final, au moment où le décou- page se retourne (ou l'année se termine), au recto, nous décou- vrons un résultat surprenant, avec des rencontres, de nouvelles façons de travailler, de l'énergie, du partage, du beau. En 2020, j'ai choisi de regarder et de garder le recto. Avec ce petit un de plus, 2021 ne sera pas si différent. On y met tout notre coeur, avec, je l'espère, un peu de sérénité en plus! »
En attendant sa prochaine exposition www.petitcoupdescalpel.com
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